orsque les romances réelles sont adaptées à l’écran par les personnes concernées, le processus se produit généralement après l’extinction de la flamme. Woody Allen et Diane Keaton n’étaient que de bons amis au moment où ils ont fait Annie Hall ; Julie Delpy et Adam Goldberg avaient rompu bien avant de jouer les amoureux dans 2 Days in Paris. The Big Sick, cependant, est basé sur la relation entre son acteur principal, Kumail Nanjiani, et son épouse, Emily V Gordon (interprétée par Zoe Kazan), qui a écrit le scénario ensemble. Leur histoire, un récit lâche d’événements réels, fait passer l’accent de la question de savoir si leur amour a survécu ou non (nous le savons) et comment il a duré face à des cotes inhabituelles – avec Emily couchée dans le coma à l’hôpital alors qu’ils avaient à peine appris à se connaître.

Le réalisateur, Michael Showalter, n’est pas un homme qui a peur d’épeler l’évidence (lors d’une dispute entre Kumail et Emily, un panneau routier derrière eux lit « Speed bump ahead ») mais même lui trace la ligne en mettant la « Girlfriend in a Coma » de The Smiths sur la bande son.

Kumail est une bande dessinée pakistanaise sur les échelons inférieurs du circuit de Chicago. Sa famille essaie de le marier à une gentille musulmane, mais Kumail s’intéresse davantage à Emily, une étudiante diplômée en psychothérapie qui le chahute lors d’un concert un soir. Sa famille, donnée à dédaigner ouvertement tout parent avec des partenaires blancs, n’est pas au courant de son existence, mais elle n’a pas vu, comme nous l’avons vu, le montage mignon de leur cour.

Le couple termine la plupart de leurs rendez-vous avec une blague sur le fait de ne plus jamais se revoir. Quand Emily tombe malade et est placée dans un coma induit médicalement, ce gag devient inattendu, tout comme le film de Kumail : The Abominable Dr Phibes, dans lequel Vincent Price se venge sur les médecins qui ont laissé sa femme mourir en chirurgie. Kumail et Emily ont rompu peu de temps avant qu’elle ne tombe malade. Strictement parlant, ils ne sont même pas dans une relation lorsque Kumail rencontre pour la première fois la mère d’Emily, Beth (Holly Hunter), et son père, Terry (Ray Romano), à l’hôpital. Meet the Parents coïncide de façon inattendue avec While You Were Sleeping. Devine qui vient dîner se cache en arrière-plan.

L’éloignement aurait pu être définitif sans le coma, bien que le film n’arrive pas à reconnaître le rôle utile joué dans la relation du couple par une urgence médicale mettant la vie en danger. En commun avec tout ce que Judd Apatow a une main (il obtient un crédit de production ici), The Big Sick est dans le business de la réassurance. Emily mentionne qu’elle travaille avec des hommes reconnus coupables de violence domestique, mais le monde du film est un monde où le mal n’est infligé que par inadvertance.

L’inconfort fait surface dans les deux scènes brèves qui se rapprochent le plus de la personne aimable et légèrement névrosée de Nanjiani. L’extraordinaire Vella Lovell se distingue comme l’une des futures mariées de Kumail, qui lui fait des reproches pour sa lâcheté. Et Emily lui en veut à propos d’une trahison perçue dans une scène qui serait encore plus persuasive si le couple semblait être de vrais amants plutôt que de simples colocataires. Il y a un manque de chimie entre les acteurs ainsi que des limites à la gamme de Nanjiani, qui s’étend de « génial » à « un peu croisé ».

Il souffre aussi du problème, commun aux stand-ups qui deviennent acteurs, de ne pas toujours savoir comment intégrer le matériau dans la caractérisation. Seinfeld s’en est bien tiré en montrant Jerry se faisant prendre en train d’essayer d’introduire des « morceaux » dans une conversation décontractée, mais dans The Big Sick, les gags s’asseyent souvent en haut de l’action. La meilleure blague du film est la réponse de Kumail quand Terry, qui n’a jamais rencontré un musulman, lui demande son opinion sur le 11 septembre. Aucun homme ne dirait jamais ce qu’il dit aux parents d’une femme qu’il espérait reconquérir, sans parler de celle dont la vie était en jeu, et si nous lui pardonnons, c’est seulement parce que c’est une ligne ingénieuse. C’est aussi l’une des quelque mille raisons pour lesquelles The Big Sick est bien intentionnel plutôt que révolutionnaire, et pourquoi une production de Judd Apatow ne sera jamais confondue avec une production de Preston Sturges.

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